Une feuille de betterave qui fait la taille d’une assiette, un chardon qui perce dans le blé, un datura qui colonise un coin de parcelle. Ce sont des dicotylédones. Le mot fait un peu manuel de botanique, mais il décrit la structure intime d’une graine que vous voyez tous les jours sans y penser.

Ce qui les définit, ce sont les deux premières feuilles qui sortent du sol, les cotylédons. Deux, contre une seule chez les graminées et les céréales. C’est un critère de reconnaissance à la levée qui compte quand on décide d’un passage de herse étrille ou d’un herbicide: une adventice monocotylédone ne réagit pas comme une dicotylédone.

Ce qui fait une dicotylédone, au-delà de la graine

La germination donne le premier indice. Une fois la plante développée, d’autres caractères prennent le relais, et les flores de terrain s’appuient encore dessus, même si la classification a bougé.

Les nervures des feuilles constituent le repère le plus fiable au champ. Chez les dicotylédones, elles sont ramifiées, en réseau, avec une nervure centrale bien marquée et des nervures secondaires qui s’en écartent comme les branches d’un arbre. Chez les monocotylédones (blé, maïs, ray-grass), les nervures sont parallèles, sans jamais former ce réseau. Ce détail change tout pour l’identification d’une graminée non désirée dans une culture de dicot.

La tige et le système vasculaire offrent un deuxième critère, moins visible mais fondamental. Les dicotylédones possèdent des faisceaux conducteurs (xylème et phloème) disposés en cercle, avec un cambium qui permet la croissance en épaisseur. C’est pour cela qu’un colza peut faire une tige qui lignifie, alors qu’un maïs non. La racine suit le même principe: pivotante. Pas de faisceau fibreux comme sur les graminées.

Les fleurs des dicotylédones sont organisées sur un plan 4 ou 5, avec des pétales et des sépales bien différenciés. Les fleurs de colza ont quatre pétales en croix, celles de pois en ont cinq, celles de tournesol aussi. Le pollen possède trois apertures, contre une seule chez les monocotylédones, un critère utilisé en taxonomie fine.

L’embryon contient deux cotylédons charnus, le critère fondateur (du grec kotylêdôn, petite coupe). Une céréale n’en produit qu’un seul, d’où le nom de monocotylédone.

La vidéo ci-dessus détaille ces caractères à l’échelle microscopique.

La classification qui a changé (et celle qui reste utile au champ)

A weathered hand holding a dicotyledon leaf with visible netted veins, an open botanical field guide beside it showing l

Jusqu’au début des années 2000, les dicotylédones formaient une classe à part entière, les Magnoliopsida, divisée en six sous-classes selon Cronquist (1981): Magnoliidae, Hamamelidae, Caryophyllidae, Dilleniidae, Rosidae, Asteridae. Chaque sous-classe regroupait des ordres et des familles, sur la base de caractères morphologiques. Cette classification classique reste celle des flores de terrain parce qu’elle permet de nommer une plante en observant ses fleurs et ses feuilles, sans laboratoire.

Les phylogénies moléculaires, à partir des années 1990, ont montré que ce groupe était paraphylétique: il excluait certaines lignées (les monocotylédones) tout en incluant des ancêtres communs. Le terme « dicotylédone » ne correspond donc pas à un clade monophylétique.

Les classifications APG II (2003), APG III (2009) et APG IV (2016) ont redistribué les Angiospermes en plusieurs clades. Les dicotylédones ont éclaté entre les « angiospermes basales » (Amborellales, Nymphaeales, Austrobaileyales), les Magnoliidées (magnolia, laurier, poivre) et les Eudicotylédones, qui rassemblent la très grande majorité des espèces. Les Eudicotylédones se caractérisent par un pollen à trois apertures, caractère partagé par le colza, la betterave, le tournesol, la pomme de terre, le soja, le pois. Autrement dit, tout ce qui pousse dans vos rotations.

Les conséquences pratiques pour le terrain

Un agriculteur n’a pas besoin de retenir que le renoncule est une eudicotylédone et le pavot une ranunculale. Le terme « dicotylédone » conserve un sens fonctionnel pour tout ce qui n’est pas une graminée ou une cypéracée. Quand vous lisez sur une étiquette d’herbicide « efficace sur dicotylédones », vous n’avez pas à vous demander si le datura appartient à un sous-clade particulier: le produit n’en a cure. Il s’attaque à un métabolisme commun à la plupart des plantes à feuilles larges, qu’elles soient eudicots ou magnoliidées. Le mot reste donc opérationnel en protection des cultures.

Les cultures et adventices que vous connaissez déjà

Les dicotylédones peuplent vos parcelles de deux manières: en culture principale et en adventice.

Dans les cultures de vente, les dicotylédones dominent la tête d’assolement. Le colza et la navette sont des Brassicacées à quatre pétales, la betterave une Amaranthacée (ex-Chénopodiacée), le pois, la féverole, le lupin, le soja des Fabacées. La pomme de terre est une Solanacée, le tournesol une Astéracée. Toutes ces cultures partagent un port dressé, des feuilles larges et un système racinaire pivotant qui structure le sol et mobilise l’eau en profondeur, contrairement au blé qui explore moins le profil.

Du côté des adventices, les dicotylédones posent plus de problèmes de concurrence précoce que les graminées. Un chardon (Cirsium arvense) installe un pivot qui se ressème et drageonne, une renouée liseron se faufile, un datura stramonium intoxique le foin et les ensilages. Les moutardes sauvages, les capsules de coquelicot, les matricaires sont toutes des dicots. Leur contrôle repose sur des herbicides spécifiques. Des impasses existent si vous ne faites pas la différence entre une folle avoine et une morelle noire.

⚠️ Attention: Certaines dicotylédones toxiques comme le datura ou la mercuriale annuelle résistent à des herbicides et se développent en conditions de non-labour. Leur identification précoce est indispensable pour ne pas contaminer les fourrages. Une simple confusion avec une autre adventice peut rendre impropre à la consommation un lot de foin ou d’ensilage.

Monocotylédones vs dicotylédones: le duel botanique sur votre exploitation

L’opposition entre ces deux grands types de plantes organise la rotation, le travail du sol et le choix des intrants.

CaractèreDicotylédoneMonocotylédone
CotylédonsDeuxUn seul
Nervures des feuillesRamifiées, en réseauParallèles
Disposition des faisceaux vasculairesEn cercle, avec cambiumÉparpillés, sans cambium
Type racinairePivotantFasciculé (fibreux)
Pièces floralesMultiples de 4 ou 5Multiples de 3
Exemples en cultureColza, betterave, pois, féverole, tournesol, pomme de terreBlé, maïs, orge, ray-grass, avoine

Nervures parallèles, pas de cotylédon épais: c’est une graminée. Un champignon au jardin se développe sur des débris de dicotylédone comme de monocot, mais l’impact sur la culture suivante dépend de la rotation.

Pourquoi cette distinction change votre itinéraire technique

Le désherbage mécanique n’a pas la même efficacité sur une dicotylédone à pivot que sur une graminée à racines fasciculées. Une herse étrille arrache plus facilement une graminée jeune qu’un chardon déjà installé. Un binage sur betterave cible les dicots adventices, mais il faut le calibrer pour ne pas blesser la culture.

La rotation dicot/monocot structure aussi la fertilité. Les dicotylédones comme le pois ou la féverole fixent l’azote atmosphérique, contrairement au blé. Alterner les types de plantes réduit la pression des maladies et des adventices spécifiques.

Évolution et phylogénie: pourquoi le mot dicotylédone est encore utile

Les dicotylédones ne forment pas un clade, mais partagent un ancêtre commun très ancien. Les Eudicotylédones, radiation majeure il y a environ 120 millions d’années, rassemblent la plupart des Angiospermes actuelles. Des voies métaboliques héritées de cet ancêtre expliquent que certaines dicotylédones développent des résistances convergentes aux herbicides: le Radikal désherbant agit sur un large spectre de dicotylédones annuelles et vivaces, leur physiologie reposant sur ces voies communes.

Les dicotylédones toxiques à ne jamais confondre

A gloved hand pointing at a spotted hemlock stem with purple blotches, growing among grass, a blurred warning sign with

Les dicotylédones toxiques préoccupent les éleveurs et les producteurs de fourrages. Plusieurs espèces sont dangereuses pour le bétail, certaines pour l’homme.

Le datura stramonium (stramoine) contient des alcaloïdes tropaniques qui provoquent des troubles nerveux graves. La plante entière est toxique, y compris les graines, et elle se retrouve dans les lots de maïs ou de soja. La morelle noire (Solanum nigrum) renferme de la solanine, toxique à l’état frais, moins dans le foin. La mercuriale annuelle (Mercurialis annua) peut causer des hémorragies internes chez les ruminants.

Ces trois adventices sont des dicotylédones à feuilles larges. Leur présence doit être surveillée, surtout si vous exportez du fourrage. Toute la difficulté vient de ce que ces plantes ressemblent à d’autres dicots inoffensifs. La datura jeune peut être confondue avec un chénopode, la morelle avec une amarante. Une identification précoce par les cotylédons et les premières vraies feuilles est le meilleur moyen de ne pas laisser une population s’installer.

Questions fréquentes

Dicotylédone

Une plante à fleurs dont la graine contient deux cotylédons, par opposition aux monocotylédones qui n’en ont qu’un seul. Les dicotylédones présentent généralement des feuilles aux nervures ramifiées, une racine pivotante et des fleurs à 4 ou 5 pétales.

Quelles sont les plantes dicotylédones les plus communes dans les cultures?

Le colza, la betterave, le pois, la féverole, le soja, le tournesol et la pomme de terre sont des dicotylédones cultivées. Parmi les adventices, on retrouve le chardon, le datura, le coquelicot et la moutarde sauvage.

Quelle est la définition botanique d’une dicotylédone?

La définition traditionnelle repose sur la présence de deux cotylédons dans l’embryon. La classification moderne considère que les dicotylédones ne forment pas un groupe monophylétique, mais les eudicotylédones partagent le caractère dérivé d’un pollen à trois apertures.

Quelle est la dicotylédone toxique la plus redoutée?

Le datura stramonium est l’espèce la plus redoutée en élevage à cause de ses alcaloïdes tropaniques qui empoisonnent le bétail. La morelle noire et la mercuriale annuelle sont également toxiques et peuvent contaminer les fourrages.

Comment distinguer une dicotylédone d’une monocotylédone au champ?

Observez les nervures des feuilles: si elles forment un réseau avec une nervure centrale et des ramifications, c’est une dicotylédone; si elles sont parallèles, c’est une monocotylédone. En cas de doute, arrachez un plant pour vérifier la racine (pivotante ou fasciculée).

Quiz personnalisé

Votre recommandation sur dicotylédone

Trois questions pour personnaliser nos conseils au sol, au climat et à votre temps.

Q1Type d'espace ?
Q2Votre expérience ?
Q3Votre priorité cette saison ?